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LUDOVIC PUSCHIASIS, SKIPPER DE LA TEAM GROUPAMA

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La Team Groupama continue de se préparer en vue de la prochaine Groupama Race. Ludovic PUSCHIASIS, skipper, nous raconte un week-end pas comme les autres, direction la côte oubliée, sans escale, sans assistance pour se confronter aux conditions réelles…

  • Ludovic, pourquoi avoir choisi de naviguer jusqu’à Thio le week-end dernier ?

"Ce n’est pas vraiment la destination qui importait, nous avons choisi Thio et l’îlot Tupeti comme objectif car en termes de distance cela nous permettait de faire l’aller-retour depuis Nouméa en deux jours. On voulait se tester, tester notre organisation et plus particulièrement nos quarts sur deux jours et deux nuits, ce que nous n’avions pas encore fait. Et puis, nous avons fait ce choix car cela correspond au départ de la Groupama Race, on part de Nouméa puis on passe le canal de Woodin, celui de la Havannah et on remonte la côte Est. Cela me permettait aussi de tester le bateau en naviguant 48h non-stop."

 

  • Dans quel état d’esprit étiez-vous avant de partir ?

"Un peu de tout mélangé : excitation, stress et joie. On était contents de se retrouver, de partir naviguer ensemble deux jours et de pouvoir vivre et partager des choses que l’on ne partage que sur un bateau. C’est différent de lorsque l’on navigue en mode « plaisance » où l’on prend son temps, on s’arrête. On était un peu stressés aussi parce qu’il y a une part d’inconnu, on ne sait pas comment on va réagir si on a une casse ou si quelqu’un tombe malade. Un peu de peur également, peur d’avoir une avarie ou autre, il peut se passer plein de choses en mer. Et puis, en tant que skipper, j’ai la responsabilité des personnes à bord, je dois gérer l’organisation et les gens… C’est beaucoup de préparation avant le départ."

 

  • Comment est-ce que l’on s’organise pour naviguer 48h non-stop ?

"On prépare tout à l’avance : les repas, le planning… J’avais planifié avant de partir les quarts, c’est-à-dire que j’ai composé trois équipes de deux qui naviguaient et se reposaient à tour de rôle tous les 3 heures la nuit et toutes les 4 heures le jour. Et moi, en tant que skipper, je n’étais dans aucune équipe pour pouvoir naviguer un peu avec tout le monde et être au maximum présent ; parce c’est ma responsabilité et parce que c’est mon bateau. Donc je dormais moins. Je restais généralement une heure avec chaque équipe en début de quart, pour les soutenir, les aider, les conseiller, pour regarder ensemble la carte. En fin de chaque quart, le chef de quart transmet les informations à l’équipe qui prend le relai.

La journée, si les conditions sont bonnes et qu’il n’y a pas de besoins particuliers, les équipes de repos peuvent en profiter pour faire autre chose, se divertir, lire un bouquin... Après, la règle était que si les conditions devenaient difficiles, tout le monde devait être sur le pont."

 

  • Qui décidait de la trajectoire à suivre ?

"Je faisais des propositions et on voyait ensemble. Mais très souvent j’échangeais avec mon binôme sur le sujet, Mathieu AULARD (le vainqueur de la dernière Groupama Race virtuelle). On regardait et décidait ensemble. Après, on n’a pas toujours suivi nos prévisions parce qu’une fois sur place on se rendait compte que l’on ne pouvait pas le faire, à cause du récif et du vent à ce moment précis pour donner un exemple. Dans ce cas, on s’adaptait et on modifiait notre trajectoire.

On a aussi un navigateur à bord, Benoit DARUD. Il est en charge de la cartographie. Il fait un routage qui, en fonction de la destination, propose une trajectoire. C’est une base mais on ne l’a pas suivi car il nous faisait passer dans des endroits que je trouvais trop difficiles et dangereux."

  • Au final, combien d’heures avez-vous mis pour rejoindre l’îlot Tupeti et revenir ?

"Nous sommes partis vendredi à 19h et nous sommes arrivés à l’ilot Tupeti samedi à 16h. Ce qui est plutôt bien si on regarde les temps réalisés pendant la Groupama Race sur ce parcours. Le retour a été un peu plus lent parce que nous étions face au vent et on a dû tirer des bords. Nous étions de retour à Nouméa dimanche à 18h."

  • Qu’est-ce que ce week-end de préparation vous a apporté ?

"Beaucoup de choses. Sur le plan humain déjà, c’était vraiment génial. J’ai un super groupe je trouve. On s’entend très bien, on rigole beaucoup aussi tout en étant sérieux et concentrés. Tout le monde est impliqué.

Ensuite, on a pu tester toutes nos voiles dans différentes conditions. On a fait quelques erreurs de manœuvre ou de conduite du bateau qui nous ont fait perdre du temps. Donc c’est bien, cela nous a permis de voir aussi ce que l’on devait travailler. J’ai aussi voulu pendant ces deux jours tester tout le monde à tous les postes pour qu’en cas de problème, on soit polyvalent. Donc forcément pour certains c’était par moment compliqué, notamment à la barre où la moindre erreur peut nous envoyer au tas (nous coucher) et nous faire perdre du temps. Au lieu d’aller tout droit, on fait des détours et se rajoute des manœuvres. Mais j’ai la chance d’avoir quelques très bons barreurs dans mon équipe."

 

  • Quelles ont été les conditions météorologiques ? Avez-vous rencontré des difficultés ?

"Les conditions ont été assez difficiles, ce n’était pas de tout repos, surtout au départ. Nous sommes partis vendredi soir sous la pluie, la mer était assez creuse avec des vagues de 2 mètres, du vent à 20 nœuds, des rafales à 25 nœuds, des grains en permanence et une nuit noire. Les conditions météos n’étaient pas celles prévues. On avait mis toutes voiles dehors et on s’est fait surprendre dès que l’on est sortis de la baie de l’Orphelinat. On a été mis dans le jus de suite, on a dû manœuvrer pour réduire nos voiles entre l’ile aux canards et l’îlot Maître. Les conditions étaient vraiment mauvaises, c’était difficile à la barre. Sur tout le week-end, le plus dur a été entre Nouméa et le Mont-Dore.

Du coup, l’ambiance était assez froide au départ, personne ne parlait, on était concentrés mais aussi stressés. C’était un départ difficile mais c’était bien pour se préparer (rires).

Puis, juste avant d’arriver au canal de Woodin, vers 1h du matin, plus de vent, pétole. Ce fut long, on naviguait à 1.5 nœuds. On a retrouvé des vents forts un peu plus tard dans le canal de la Havannah et surtout une fois sur la côte Est où le temps changeait sans cesse. On passait de pétole à un vent fort tout le temps.

Comme le temps changeait constamment, on passait notre temps à sortir et à rentrer la voile « code zéro ». C’est une grosse voile qu’il faut plier et charger dans un coffre à l’arrière du bateau à chaque fois. C’est long et pas évident. On la sort quand il y a peu de vent mais elle peut rapidement nous coucher s’il y en a beaucoup. Alors autant dire que certains en avait un peu marre d’entendre « code zéro » à la fin (rires).

Le bateau était en tension constante pendant les deux jours donc c’était l’occasion de tester sa résistance. Seulement deux petites pièces ont cassé. On a pu réparer la première et la seconde, on a dû la changer. Elle était usée. J’avais prévu des pièces de rechange. Heureusement.

Enfin, le premier soir deux membres de la Team ont été malades. Entre le stress du départ et les très mauvaises conditions, ils ont eu le mal de mer. Cela n’a pas duré mais de 19h à minuit, on était que 5 à naviguer, on a dû s’adapter et modifier les quarts que j’avais établi."

 

  • Quel a été ton meilleur moment ?

"Le levé de la lune sur la côte oubliée, samedi soir, vers 23h, juste avant d’arriver au canal de la Havannah (sur le retour). Nous étions partis avec un autre bateau, on naviguait côte à côte, à la même allure et la lune éclairait la mer et l’autre bateau. C’était magnifique, on voyait bien le mouvement du bateau, la mer. En plus, de nuit on a l’impression que le bateau avance très vite alors les sensations sont vraiment fortes.

J’ai eu plein de bons moments. Un peu plus tôt dans la journée, le long de la côte oubliée, on était en mode course avec l’autre bateau. On s’est tiré la bourre et dépassé plusieurs fois, on était juste tous les deux en pleine mer, c’était génial."

 

  • Quelle est la prochaine étape pour la Team Groupama ?

"On aimerait à la rentrée 2022 se refaire un week-end similaire sur la côte Ouest. En montant assez haut, on aurait un retour qui correspondrait au trajet de la Groupama Race en revenant vers Nouméa. D’autres bateaux sont motivés pour partir avec nous.

Et on attend avec impatience nos nouvelles voiles : un nouveau SPI et un génois. On devrait les avoir en début d’année."

Découvrez quelques images ici.

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